Algérie: la presse française appelle à la vigilance

Algérie: la presse française appelle à la vigilance

Rédigé le 12/03/2019
AFP


Paris - La presse française se réjouissait mardi des "annonces démocratiques" du président algérien Abdelaziz Bouteflika qui a renoncé à briguer un cinquième mandat, mais appelait à la "vigilance" contre un éventuel "leurre destiné à faire gagner du temps au chef de l'Etat cible d'une contestation sans précédent. 

Les annonces de M. Bouteflika constituent une "première victoire" pour les manifestants, note Libération qui réserve sa pleine "une" à la lettre à son peuple du chef de l'Etat de 82 ans et à la santé précaire. 

"S'il tient parole, si cette lettre s'applique complètement, Abdelaziz Bouteflika, quittant son costume d'Ubu immobile, se rapprochera des bâtisseurs de la liberté, tel un Gorbatchev ou un De Klerk arabe", écrit Laurent Joffrin. 

Mais, conseille l'éditorialiste: "que cette mobilisation pacifique ne s'arrête pas, quitte à prendre des formes nouvelles, pour s'assurer, avec une sourcilleuse vigilance, que cette extraordinaire promesse ne reste pas lettre morte". 

En "une", Le Figaro annonce que "l'Algérie tourne la page de Bouteflika". Son éditorialiste Arnaud de La Grange ne cache pourtant pas sa méfiance. 

"Ce feu d'artifice d'annonces démocratiques suffira-t-il à apaiser la crise? Ne sera-t-il qu'un leurre scintillant dans le ciel d'Alger, vite noyé dans le brouillard politicien?", se demande-t-il avant d'appeler aussi les manifestants à la "vigilance". 

Dans les Dernières Nouvelles d'Alsace, Dominique Jung soupçonne "les hommes qui tiennent les manettes" de "changer de tactique en faisant miroiter des réformes". Pourtant, souligne-t-il, "les Algériens méritent de sortir une fois pour toutes d'un dilemme qui serait du même type que celui de 1991, quand ils devaient choisir entre le carcan du FLN et l'étau des islamistes". 

Les réformes annoncées constituent "une première victoire" remportée par le peuple algérien, juge Mickaël Augendre dans l'Union. Mais, prévient-il, "nul ne sait ce qui, de la raison ou de la peur, a fait plier Bouteflika et "nul n'ignore non plus qu'une ultime manipulation reste possible". 

En décidant de prolonger son mandat avec la promesse de ne pas se représenter au suivant, "le vieillard s'accroche encore un peu" et "fait du rab, le temps nécessaire à l'organisation du renouvellement", déplore Denis Daumin dans La Nouvelle République. "Le maître des horloges a repris la main. Savoir durer: l'art et le secret de la politique", analyse-t-il. 

Les Algériens "auraient tort de se réjouir trop vite", avertit Laurent Bodin dans L'Alsace. Car "le clan Bouteflika a réussi à gagner du temps". Et "probablement est-il encore loin d'avoir abdiqué". 

"Et si le recul annoncé était simplement une stratégie pour mieux pérenniser le régime?", se demande Bernard Stéphan dans La Montagne sans perdre complètement son optimisme. Grâce aux annonces faites par le régime après des manifestations, "la rue a été encouragée à gagner encore davantage".