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L'Empire du Milieu: une "puissance africaine" devenue désormais incontournable

Rédigé le 01/09/2018
MAP - Khalid BARKA


Ouagadougou - L’Empire du Milieu, qui n’est autre que la Chine, est devenu désormais au fil des années une "puissance africaine" incontournable grâce à sa présence de plus en plus percutante et sa percée indubitablement persévérante dans le continent que d’aucuns ne peuvent actuellement contester. Ce géant asiatique, qui a réussi à s’arroger le statut de la deuxième puissance économique mondiale, voire éventuellement la première dans l’avenir, est pratiquement présent et dispose d’investissements tant bien colossaux que modestes dans la majorité des pays à l’échelle planétaire et en particulier en Afrique, continent prometteur et regorgeant de potentialités, de ressources humaines et de richesses naturelles inestimables. Grâce à des partenariats aussi divers que diversifiés dans de nombreux domaines fortement porteurs: BTP, NTIC, énergies, entre autres, avec de nombreux pays africains, dans le cadre d’une coopération strictement win-win, la Chine qui, plus est, dispose de diasporas imposantes implantées presque partout dans le continent, a opté pour une stratégie innovante dictée par l’intérêt et le respect mutuels et loin de toute ingérence qui lui confère la stature d’un pays "neutre" où le corolaire et le socle gagnant-gagnant l’emporte sur toute autre considération.

Outre les entreprises chinoises qui fleurissent en terre nourricière africaine et les "China-town" qui commencent à prendre corps, lentement mais sûrement, dans certaines mégapoles africaines, le gouvernement de Pékin est conscient des enjeux multiples que représente l’Afrique et les perspectives que constitue ce marché qui deviendra sans-conteste le grenier de la planète dans les années à venir.

En outre, les investissements colossaux chinois injectés en Afrique ont augmenté dernièrement à tel point que les flux entrants y ont atteint des proportions faramineuses, particulièrement après le 1er Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA), qui s'était déroulé en octobre 2000. L’édition 2018 de ces Assises, qui se sont transformées dorénavant en un rendez-vous incontournable qui se tient tous les trois ans, alternativement, en Chine et en Afrique, est prévue du 3 au 4 septembre à Pékin.

A cela s’ajoute la stratégie adoptée par Pékin de délocaliser certaines de ses industries de main-d'œuvre dans les pays d'Afrique prometteurs, en y investissant dans divers secteurs et mobilisant plusieurs dizaines de milliards de dollars. Le dragon ainé de l’Asie, pays extrêmement énergivore, table, d’autre part, sur le domaine énergétique en vue de garantir l’approvisionnement régulier de ses industries manufacturières, en sachant pertinemment bien qu’il peut en disposer à partir du continent africain qui détient désormais environ 10 pc des réserves mondiales de pétrole. En plus des ressources énergétiques, la Chine s’intéresse également aux minerais stratégiques (diamant, phosphates, or, titane, coltan, cobalt...) que recèle l’Afrique, ainsi qu’au secteur des échanges commerciaux avec le continent, un marché qui compte actuellement plus d’un milliard de consommateurs.

Pékin met, par ailleurs, à la disposition des pays africains son savoir-faire, sa main-d'œuvre, des prêts à taux-réduits et à des avantages financiers pour construire des infrastructures, tout en étendant sa présence au-delà des seuls pays africains producteurs des hydrocarbures. A vrai dire, si la Chine voit dans l'Afrique un grenier de matières premières et un débouché pour son industrie manufacturière, il n'en demeure pas moins que le décollage de ce pays asiatique demeure, sans conteste, bénéfique pour les pays africains qui ont acquis un nouveau partenaire susceptible de contribuer à juguler les moult maux, dont souffre toujours le continent, dont la pauvreté, la famine, la précarité, les maladies... Selon des dirigeants chinois, la Chine et l'Afrique partagent le même sort. L'Empire du Milieu vient en Afrique, non pas comme ''un conquérant'', mais plutôt comme un modèle à suivre, assurent-ils. Présent dans le continent noir depuis les années 60 et 70 pour des considérations idéologiques, le Géant d'Asie se tourne de nouveau vers ce continent pour des raisons commerciales.

Par ailleurs, le Burkina Faso, tout en veillant à la protection de son économie et de ses intérêts, vient de s’ouvrir à la Chine afin de profiter pleinement de ses atouts et des progrès qu’elle a réalisés en si peu de temps. C’est le vrai sens du virage, opéré en mai dernier, (Ndlr, rupture des relations diplomatiques entre le Burkina Faso et Taïwan) par le président du Faso, dont le pays a établi ses relations avec Pékin trois jours plus tard, et c’est ce qui confère un sens au déplacement historique qu’il entreprend actuellement dans l’Empire du Milieu. Roch Marc Christian Kaboré ne s’est jamais rendu en Chine continentale. Ce voyage est donc une découverte pour lui et la délégation l’accompagnant d’un pays très moderne, d’une grande puissance économique et d’un Etat qui a profondément changé depuis 25 ans environ.

La visite de Roch Kaboré est la première d’un chef d’Etat burkinabè depuis 28 ans. L’interruption, intervenue en 1994 dans les relations diplomatiques entre le Burkina Faso et la République populaire de Chine, avait mis fin à toute visite de part et d’autre.

Selon des observateurs burkinabè, "c’est là que réside toute la charge symbolique et historique de cette visite longtemps attendue par nos amis de la Chine continentale. Ce n’est donc pas pour rien que cette visite a été placée juste avant le Forum sur la coopération sino-africaine pour permettre au nouveau venu, qu’est le Burkina, d’entrer de plain-pied et en grande pompe dans cette grande famille sino-africaine".