Année 2018: la CGEM change de main, la CFC leader africain

Année 2018: la CGEM change de main, la CFC leader africain

Rédigé le 12/12/2018
Mohammed Badaoui - MAP

Idéalement situé aux portes de l'Afrique et de l'Europe, le Maroc se positionne comme une plaque-tournante entre les économies du Nord et du Sud. Pour favoriser l'expansion internationale des entreprises implantées sur le territoire national, c’est à Casablanca, le poumon et le cœur battant de l'économie, que le royaume a choisi d'ériger sa plateforme mondiale à travers des acteurs institutionnels et financiers ayant fait leurs preuves.

Parmi ces acteurs, trois institutions ont retenu l’attention au cours de l'année 2018, en l’occurrence la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), qui vient juste de tourner une page de son histoire suite à l’élection d’un nouveau président, Casablanca Finance City (CFC), reconnue comme la première place financière en Afrique et partenaire des plus grands centres financiers internationaux, et la Bourse des valeurs de Casablanca, qui se fraye peu à peu son chemin comme un marché émergent, avec une vision et une feuille de route à l’horizon 2021.

Ainsi, des événements économiques majeurs ayant marqué 2018, le monde des affaires et de la finance est unanime à placer en tête du classement, l’élection, en mai dernier, de Salaheddine Mezouar à la présidence de l’organisation patronale nationale.

En effet, au terme d’un mois de campagne,M. Mezouar remporte, haut la main, l'élection de la CGEM avec près de 78% des voix et devenant le 11è président de l’institution patronale depuis sa marocanisation en 1969. 

Ancien chef de parti et ministre, M. Mezouar a donc tenté une reconversion dans les affaires et avait brillamment réussi son come-back formant avec son partenaire, Fayçal Mekouar, un habitué des arcanes de la Confédération, un duo redoutable ayant facilement surclassé les challengers, Hakim Marrakchi et Assia Benhida-Ayouch.

"On vient de boucler un processus riche en débat et en démocratie interne. Merci pour ces moments d’histoire", avait déclaré à chaud le nouveau patron des patrons pour trois ans, qui succède à Mme Miriem Bensalah Chaqroun, qui a marqué de façon remarquable et remarquée son passage de deux mandats successifs à la tête de la CGEM, 

"On doit se retrousser les manches car les défis sont multiples. Le Maroc, ses institutions et le privé sont toujours là pour les relever", avait-il lancé aux côtés de Mekouar.

Le duo affichait, en effet, l’ambition de renforcer davantage le rôle de la CGEM en tant que force de propositions et d'en faire une véritable pierre angulaire dans le cadre du nouveau modèle de développement économique du pays. 

La CGEM compte, à travers cette élection, négocier un pacte de croissance et de l’emploi avec le gouvernement, où toutes les parties s’engagent à réaliser des actions immédiates et urgentes pour un meilleur développement économique et social du pays. L’objectif étant d’atteindre des taux de croissance frôlant les 6% les prochaines années et parer ainsi aux problèmes du chômage.

Pour nombre d’observateurs, la tâche de Mezouar ne sera pas de tout repos et qu’il devra faire face aux défis actuels et futurs de l’entreprise marocaine dans un contexte complexe aux niveaux national, continental et international.

L’amélioration du climat des affaires, la négociation de la paix sociale, la fiscalité, les délais de paiement, le remboursement de la TVA et l’accompagnement du Maroc dans sa politique africaine sont, entre autres, les dossiers qu’il devra traiter. Sa maîtrise des affaires publiques et sa gestion de deux principaux départements ministériels, sont autant d’atouts dans sa démarche de négociation.



Si l’élection d’un nouveau patron du patronat a retenu, des mois durant, l’attention du monde de l’entreprise, il n’en demeure pas moins que la 1ère place en Afrique, décrochée par Casablanca Finance City (CFC) dans le classement GFCI, a suscité un grand intérêt des milieux des affaires et de la finance aussi bien nationaux qu’internationaux.

Le Global Financial Centres Index (GFCI), réalisé en partenariat par le think-tank britannique Z/Yen et le China Development Institute, établit chaque année le classement détaillé des centres financiers de par le monde, selon 103 critères, dont les mesures quantitatives sont fournies par la Banque mondiale, l’Economist Intelligence Unit, l’OCDE et les Nations unies. L’étude a porté sur 96 places financières, avec les ajouts récents d’Astana, Baku, New Delhi et Tianjin.

Après une remarquable 35ème place en 2017, Casablanca Finance City fait, en 2018, un bond en avant, puisque la place financière de la ville blanche a gagné trois places pour s’établir en 32ème position. Cela fait d’elle la place financière la mieux classée en Afrique, devant Johannesburg (52ème), et la 3ème dans la région MENA, derrière Dubaï et Abu-Dhabi

Si CFC est encore classée parmi les places jugées plus sensibles aux instabilités, à cause notamment de son jeune âge, elle bénéficie, toutefois, d’un énorme capital confiance de la part du monde financier, puisqu’elle s’accapare la 5ème place du classement GFCI de l’indice de réputation.

Avec plus de 144 entreprises membres, CFC a constitué une forte communauté composée de sociétés financières, de sièges régionaux de multinationales, de prestataires de services et de holdings. Elle assume pleinement son rôle de catalyseur du business vers l’Afrique. Les entreprises membres ont ainsi réalisé 74% des investissements du Maroc sur le continent en un an, avec un montant des investissements des membres CFC en Afrique en hausse de 80%. 

CFC se définit de surcroit comme un ''centre financier vert'' et a été un membre fondateur et le premier centre africain à rejoindre le Réseau international des places financières vertes et de la finance durable, dont le lancement a eu lieu à Casablanca l’année écoulée.

La place financière a déjà signé plusieurs partenariats avec les agences de promotion des investissements de 14 pays du continent, et ce, afin d’accompagner plus efficacement ses membres dans les territoires concernés.

Par ailleurs, un peu plus loin de la CFC, le management de la Bourse de Casablanca œuvrait, pendant des mois, afin d’insuffler une nouvelle dynamique à cette institution, en présentant, au cours de l’année, un plan stratégique baptisé '’Ambition 2021’’.

Cette feuille de route pour les 4 années à venir, qui a été validée par le Comité du marché des capitaux de la Bourse de Casablanca, s’articule, rappelle-ton, autour de trois axes censés redynamiser la place casablancaise et libérer le potentiel du marché à savoir mettre en place une infrastructure de marché intégré, contribuer au financement de l’économie et faire rayonner la Bourse de Casablanca au niveau régional.

"L’adhésion de l’ensemble des professionnels du marché est essentielle pour que cette vision (2021) puisse se réaliser. Nous sommes réellement heureux de voir que les professionnels partagent très largement les ambitions de la Bourse", s’est félicité, à cet égard, Karim Hajji, Directeur général de la Bourse de Casablanca, à laquelle deux nouveaux grands groupe ont choisi d’intégrer.

Le premier n’est autre que le groupe industriel spécialisé dans les biens de consommation quotidienne, Mutandis, dirigé par l'ancien ministre Adil Douiri.

Selon ce dernier, l'introduction en bourse de Mutandis a pour objectif de financer régulièrement les investissements de croissance identifiés au Maroc, en Afrique ou en Europe, de renforcer le notoriété du groupe et lui permettre d'accéder à des financements bancaires ou obligatoires dans les meilleurs conditions et enfin de partager avec le plus grand nombre, grand public et institutionnels, les fruits de la croissance futur de la consommation des ménages en élargissant l'actionnariat de Mutandis.

La deuxième opération d’introduction en Bourse est celle du Groupe Immorente Invest, dont le top management a réuni la presse en avril dernier, à Casablanca, pour annoncer cette nouvelle étape que franchit l’entreprise. 

Immorente Invest a obtenu le visa du gendarme du marché des capitaux (Autorité marocaine du marché des capitaux) pour cette opération qui sera faite par voie d’augmentation de capital de 400 millions de DH. 

Selon Soumaya Tazi, PDG d’Immorente Invest, cette IPO vise, entre autres, à donner naissance au premier véhicule pierre-papier dédié à l’immobilier professionnel locatif coté à la Bourse de Casablanca, lever les fonds nécessaires à la poursuite du programme d’investissement pour atteindre environ 700 millions de DH d’actifs en portefeuille d’ici 2020-2021.