Algérie. Une année marquée par un remue-ménage sans précédent dans l'Armée

Algérie. Une année marquée par un remue-ménage sans précédent dans l'Armée

Rédigé le 14/12/2018
HAMID AQERROUT - MAP


Le remue-ménage sans précédent opéré au sein de la haute hiérarchie de l’armée algérienne et la mise sous mandat de dépôt, le 14 octobre dernier, de cinq généraux-majors, une première dans les annales de la justice militaire en Algérie, est sans conteste l’un des événements phares qui ont marqué l’année qui s’achève.

Le limogeage simultanément de presque tous les chefs de région, les commandants des armées de terre et de l’air, les patrons de la police et de la gendarmerie, ainsi que plusieurs directeurs centraux du ministère de la Défense, en dit long sur les intentions aussi inavouées qu’inavouables des initiateurs de cette "purge".

Une opération "mains propres", qui intervient à quelques mois seulement du plus important rendez-vous électoral du pays, la Présidentielle, qui, faut-il le reconnaître, a intensifié la lutte entre les clans au pouvoir, d’autant plus que le régime en place fait encore perdurer le suspense sur le cinquième mandat pour Abdelaziz Bouteflika.

Force est de constater que si la muette a toujours lavé son linge sale en famille, elle l’a fait, cette fois-ci et pour la première fois, en public.

Relevés de leurs fonctions en août dernier, les généraux-majors Habib Chentouf, Saïd Bey et Abderrazak Chérif, ainsi que le général-major Nouba Menad, ancien commandant de la Gendarmerie nationale et le général-major Boudjemaâ Boudouar, ancien directeur central des finances au ministère de la Défense ont comparu devant le juge d'instruction près le tribunal militaire de Blida et ont été, ensuite, emprisonnés avant d’être libérés trois semaines après.

Ils se sont surtout expliqué sur les fortunes colossales qu’ils auraient amassées alors qu’ils occupaient des postes sensibles ou stratégiques, selon ce que laissent croire les officiels algériens.

Le remue-ménage avait également touché d’autres hauts cadres de l’armée, dont le général-major Mokdad Benziane, ancien directeur des personnels du ministère de la Défense nationale, ainsi que Abdelghani Hamel, ancien Directeur général de la sûreté nationale et officier supérieur de l’ANP. Le commandant des forces aériennes, celui des forces terrestres et de la défense aérienne du territoire, ainsi que le Secrétaire général du ministère de la Défense ont également été limogés.

Nombreux sont ceux, en effet, qui se demandent sur les raisons ayant poussé le régime de décider de passer à l’offensive à quelques mois seulement du plus important rendez-vous électoral d’un pays, la Présidentielle. Pourquoi lancer la machine judiciaire à l’encontre d’officiers supérieurs limogés dans le cadre d’une procédure présentée comme routinière ? Y a-t-il un lien direct entre l’incarcération de généraux-majors et l’affaire "El Bouchi", principal accusé dans l’affaire des 701 kg de cocaïne saisie à Oran ? Sont autant de questions qui taraudent l’esprit de la classe politique et des citoyens lambda et qui demeureront immanquablement sans réponse face au silence coupable du pouvoir.

Car, faut-il encore le souligner, si ce n’est pas la première fois que des généraux, parmi les plus puissants de l’establishment, sont traduits devant la justice militaire, jamais cela n’a concerné autant d’officiers supérieurs en même temps.

Les observateurs s’accordent néanmoins à dire que cette série de limogeages et de règlement de comptes est intimement liée à la conjoncture politique et aux échéances qui pointent à l’horizon. Ils y voient également les signes d’une redistribution de cartes dans la perspective de la Présidentielle.

Les développements tumultueux survenus ces derniers temps sur la scène politico-militaire laissent entrevoir que cette affaire de limogeage de hauts-gradés parmi les plus influents de l’establishment n’a pas encore livré tous ses secrets. D’autres surprises peuvent, en effet, survenir d’ici avril 2019, sur fond de lutte intestine entre les clans au pouvoir en Algérie