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Lieutenant-colonel Khadija Koudamra, la guerrière ambassadeur de la paix en Centrafrique

Rédigé le 21/12/2018
MAP - Soumia Al Arkoubi


Rabat - Ci-après le papier signé de Soumia Al Arkoubi qui a remporté ex-aequo jeudi "le prix de l'Agence de presse" de la 16ème édition du Grand prix national de la presse:

Rabat - Les échos des combats féroces de Bouar en Centrafrique, qui donnent la chair de poule au plus intrépide des hommes, ne semblent pas déstabiliser ou décourager le lieutenant-colonel Khadija Koudamra, qui vient d'être nommée chef de cellule de coordination civilo-militaire à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centre-Afrique (MINUSCA) à l'État-Major du secteur ouest, situé dans cette ville du nord-ouest de la capitale Bangui.

"Je suis à l’aise. C’est une mission qui s’inscrit dans mes fonctions sociales et c’est un travail qui ne m’est pas étrange", a confié Mme Koudamra à la MAP avec une confiance inégalée et une foi qui déplace les montagnes.

"Je ne pense plus aux risques, mais plutôt à la mission, aux perspectives et aux opportunités", a dit la seule femme militaire marocaine déployée en Centrafrique, qui se veut une fierté pour un pays dont une autre femme, Najat Rochdi, a été nommée, des mois auparavant, Représentante spéciale adjointe pour la MINUSCA.

Croyant en sa destinée d’ange gardien et armée par la passion et l’amour qu’elle voue à son métier ainsi que par son humanisme inné, cette militaire sereine a préféré faire une formation pour savoir ce qui se passe en Centrafrique, refusant ainsi les idées préconçues.

Pour mériter ce poste hasardeux, Lieutenant-colonel Koudamra a suivi une formation militaire rigoureuse et polyvalente et peut s’enorgueillir d’un parcours parsemé de défis et de réalisations.

Contrairement à des paires, hommes et femmes, qui cherchent la facilité, cette native de Marrakech a juré, depuis le début, d’écarter la sécurité des chemins battus et des vérités toutes faites et décidé d’apporter la vie et de semer l’espoir là où elle se trouve.

Ainsi, après avoir décroché un baccalauréat en lettres en 1988, elle a passé avec succès le concours d'admission aux services sociaux des Forces Armées Royales (FAR) qui lui a permis d’accéder à l'Institut National de l'Action Sociale (INAS) de Tanger.

En août 1990, elle a regagné le Centre d'Instruction des Services Sociaux (CISS) des FAR à Rabat où elle a commencé son instruction militaire avant de partir en France pour effectuer un stage d'application aux services sociaux sous les drapeaux de l'armée française au sud de l'Hexagone, à la caserne Dagobert. La formation et le stage ont été couronnés par sa nomination au grade de sous-lieutenant.

"J’ai toujours adoré ce métier (…) et mes parents étaient compréhensifs", raconte Khadija avec un sourire bienveillant et un ton énergique.

Interrogée sur les risques du métier, elle répond avec insistance : "Il n y a pas de carrière où il n y a pas de contraintes ou de risques (…). Mon amour pour le métier et pour ce que je fais dépasse largement ces risques".

Sa première affectation était prononcée à la Délégation des Services Sociaux des FAR à Benslimane. Puis, elle a été chargée d'une mission de liquidation des dossiers des pensions militaires pendant trois mois au sein de la Division des Pensions et Réformes jusqu'au mois de décembre 1992.

Elle a aussi occupé, en 1994, le poste de chef d'antenne sociale des Services Sociaux des FAR à Khémisset. En 1998, elle a réussi son stage d'application militaire au CISS à Rabat après une formation de dix mois et décroché son diplôme militaire de perfectionnement en 2001 à l'issue d'un stage qui a duré dix mois au même centre.

En 2002, elle a été désignée pour remplir une mission de huit mois dans le cadre du contingent marocain avec le détachement social. De septembre 2004 à juin 2005, elle a suivi le stage militaire de Cours des Capitaines au CISS Rabat.

En outre, elle a occupé le poste de déléguée générale de la Fondation Hassan II pour les Œuvres Sociales des Anciens Militaires et Anciens Combattants de Khémisset, fonction qu’elle a assurée jusqu'au 27 décembre 2017, date de sa nomination officielle à la MINUSCA.

Aidée par la formation juridique, économique, psychologique et en communication qu’elle a reçue, cette dame débordante d’énergie et dotée d’un sens de détails remarquable a veillé, durant ce dernier mandat, à assurer le soutien moral, financier et médical aux personnes vulnérables et à superviser des projets sociaux dont un complexe médico-social et éducatif.

Outre ces stages et nominations, Mme Koudamra a participé, le mois d'août 2003, à l'opération" MARHABA", une opération humanitaire qui consiste à accompagner le déplacement des Marocains résidant à l’étranger entre leur pays d’accueil et leur pays d’origine et ce, sous les auspices de la Fondation Mohamed V pour la solidarité.

Elle est aussi partie en mission onusienne en Somalie jusqu'au mois de décembre 1994 au Détachement social afférent au contingent marocain.

"C’était une aventure extraordinaire (…). J’ai assisté aux moindres détails et j’ai vu de près les difficultés rencontrés par la population somalienne", confie cette dame qui croit en l’humain et en son bien-être.

La mission du détachement social dans cette zone de conflit consistait à faire des études ethniques sur la population pour définir ses besoins, déterminer les causes du conflit et proposer les actions à entreprendre, explique-t-elle.

"Nous avons distribué des kits et vêtements adaptés à la culture locale (pagnes), offert des prestations médicales dans le cadre de l’hôpital de campagne, trié les cas et assuré assistance aux enfants démunis et orphelins", raconte Khadija qui a été appelée, en 2004, à faire partie du contingent marocain au Kosovo avec le détachement social.

Décorée d’une médaille onusienne en Somalie, de la médaille non-article 5, d’une seconde médaille de l'OTAN au Kosovo et d’une commémorative française, lieutenant-colonel Koudamra ne cesse d’approfondir ses connaissances dans tous les domaines en dévorant des livres dans toutes les spécialités.

Tout en se réjouissant de la place qu’occupe la femme actuellement dans l’armée marocaine, elle appelle les jeunes filles qui veulent devenir des militaires à choisir la spécialité qui correspond à leur vocation "parce que l’armée marocaine est professionnelle et offre beaucoup de choix".

Outre la lecture, Khadija, qui aurait pu être une journaliste dans un autre monde, aime faire du sport, surtout le tennis et l’aérobic, et est douée en art culinaire.

En ce qui concerne ses couleurs préférées, cette dame adore le mauve, couleur spirituelle qui symbolise la connaissance, le savoir et la foi, le blanc, couleur de l’équilibre, de la perfection, la paix et de la pureté de l’âme et le vieux rose qui représente l’humanisme, l’affection et l’optimisme.

Et Lalla Khadija continue son chemin en faveur des causes humanitaires. Ses perceptions de ce qui l’attend en Centrafrique et dans la vie sont colorées de ses croyances, de ses expériences de vie et de sa sagesse.