Melody d'Afrique, la chaîne qui redonne vie aux archives télé africaines

Melody d'Afrique, la chaîne qui redonne vie aux archives télé africaines

Rédigé le 28/12/2018
AFP


Villeneuve-d'Ascq - Une chaîne musicale française, Melody d'Afrique, s'est lancée dans une incroyable quête pour dénicher et restaurer des archives d'émissions musicales et clips d'artistes africains et contribuer ainsi à sauvegarder des emblèmes du patrimoine musical mondial.

De l'afro beat de Fela Kuti à la rumba congolaise de Papa Wemba, très peu d'images des concerts, clips et émissions musicales produites sur le continent à partir des années 1960 jusqu'à un passé récent sont aujourd'hui diffusables, faute de moyens et d'infrastructures adéquates.

Aucune chaîne thématique n'était dédiée à ces artistes au rayonnement pourtant considérable dans la musique du XXe siècle. Jusqu'à ce que le groupe de médias Secom, basé à Villeneuve-d'Ascq, dans le Nord de la France, lance l'an dernier Melody d'Afrique, une chaîne entièrement consacrée aux artistes africains "vintage", sur le modèle de Melody, dédiée à la chanson française des années 1960 à 2000.

A l'image de Melody, qui écume les placards de l'Ina (l'Institut national de l'audiovisuel, qui gère les archives des télés françaises) et des chaînes européennes, Melody d'Afrique, diffusée dans de nombreux pays d'Afrique ainsi qu'en France, s'est lancée dans une chasse au trésor sur le continent noir, pour retrouver et restaurer des images d'époque.

"Comme il n'y a pas l'équivalent de l'Ina en Afrique, on a fait le choix d'investir et d'aller rencontrer les chaînes de télé africaines, les artistes et leurs ayants droit, pour les sensibiliser et les aider à sauvegarder leur patrimoine", raconte à l'AFP Jérôme Dutoit, directeur général de Melody et Melody d'Afrique, chaîne payante accessible via la box des opérateurs internet.

Une quête qu'il a entamée il y a 3 ans, en se rendant avec le directeur technique de Secom, Vincent Charley, à Abidjan et Kinshasa, pour y chercher des archives, notamment au sein des télés publiques.

Emissions, clips, concerts ou documentaires, "il y a beaucoup de matière, mais on récupère souvent les bandes (notamment des cassettes vidéo au format U-matic, omniprésent dans les années 1970) en très mauvais état, recouvertes de champignons car elles ont été exposées à la chaleur, à la poussière et à l'humidité", dit-il.

Les bandes jugées prometteuses, manipulées avec précaution, sont ramenées en France et confiées à des laboratoires pour les restaurer et les numériser. Une fois nettoyées, "on les passe dans un four, où elles chauffent à une température proche de celle de leur fabrication, puis dans un frigo", avant de tenter de les exploiter, explique Vincent Charley.

Avec des résultats incertains. "C'est la loterie, on n'arrive pas toujours à les relire. Et parfois, on réussit, mais on découvre que le programme indiqué sur le boîtier a été effacé", ajoute le directeur technique.

Une course contre la montre, alors que les bandes se dégradent du fait de leurs mauvaises conditions de conservation. "Je suis ému par cette mémoire qui disparaît de jour en jour. C'est l'histoire de ces pays qui part en poussière", souvent sans le savoir faute d'indexation de leurs archives télé, confie-t-il.

Une centaine d'heures de programmes ont déjà pu être restaurées, dont de véritables "trésors" culturels, souligne Jérôme Dutoit, qui cite "une chanson du roi de la rumba congolaise Wendo Kolosoy, Marie-Louise, dont les images", dénichées à Kinshasa, "n'avaient jamais été rediffusées".

Quand aucun clip n'existe, il arrive que Melody d'Afrique en produise, à partir de photos ou vidéos récupérées auprès des artistes ou de leurs descendants.

La chaîne veut établir un cercle vertueux avec les télés et artistes du continent noir: "On achète les bandes, les droits d'utilisation des vidéo clips, et en complément on prend à notre charge la restauration et on donne aux chaînes le droit d'utiliser la version remasterisée", assure Jérôme Dutoit.

Le chantier démarre seulement mais la sauvegarde du patrimoine télé africain commence à mobiliser.

Alors que "moins de 1% des émissions de radio et de télévision diffusées depuis 1995 dans ces pays" ont été numérisées dans l'UEMOA, regroupant des Etats de l'Afrique de l'Ouest francophone, selon une étude citée par l'Ina, cette organisation a adopté le 1er décembre une directive obligeant ses membres à se doter d'un dépôt légal audiovisuel. Et le passage à la télévision numérique, prévu dans ces pays d'ici 2020, devrait faciliter ce mouvement.