Afrique du Sud: Ramaphosa, un mandat présidentiel sous le signe de la réforme

Afrique du Sud: Ramaphosa, un mandat présidentiel sous le signe de la réforme

Rédigé le 08/02/2019
MAP - Abdelghani AOUIFIA


Johannesburg - Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a utilisé, jeudi-soir, son discours tant-attendu sur l’état de la Nation, pour étaler sa vision de la trajectoire d’avenir de l’Afrique du Sud, frappée par une crise économique qui menace le pays d’implosion.

Les analystes ont relevé le ton pragmatique de ce discours de près de deux heures, le patron de l’ANC (au pouvoir depuis 1994), mettant le doigt sur les maux de cette Afrique du Sud postapartheid.

«Nous avons vu les divisions dans notre société s’approfondir: entre noirs et blancs, entre riches et pauvres, entre ruraux et urbains, entre les sexes et entre les groupes linguistiques et les cultures», a-t-il dit.

Il a aussi reconnu, devant les représentants de cette jeune nation, que la tâche ne sera pas aisée notamment pour donner le coup de fouet nécessaire à une économie qui n’arrive pas à se libérer de ses taux de croissance quasi-nuls.

Ramaphosa, qui va conduire l’ANC pour les élections générales, désormais fixées pour le 8 mai prochain, sait qu’il n’a d’autre choix que de mettre en place les conditions nécessaires pour favoriser une croissance inclusive, seul moyen de réduire les écarts sociaux entre une minorité blanche (8 pc de la population) qui s’accapare les richesses du pays et une vaste majorité noire vivant dans l’exclusion et la pauvreté 25 ans après l’émancipation du régime de la ségrégation raciale (apartheid).

Il est important de noter le courage avec lequel Ramaphosa aborde le problème de la corruption, un phénomène qui gangrène le pays et le rend peut attractif aux yeux des investisseurs. Sur ce registre, il s’est engagé à mettre en place une unité de poursuites judiciaires.

Il s’agira d’un bureau qui sera chargé d’enquêter sur les cas de corruption graves, en se basant sur les preuves résultant d’enquêtes déjà lancées en particulier sur la capture de l’Etat, un phénomène qui renvoie à la collusion présumée entre des ministres du gouvernement de l’ancien président Jacob Zuma et une richissime famille d’hommes d’affaires indiens, les Gupta.

Ramaphosa veut ainsi raviver «Les Scorpions», une unité dissoute par l’ANC en 2009. Ce mécanisme de lutte contre la criminalité relèvera directement du directeur national des poursuites pénales et sera doté des moyens pour engager des poursuites en justice contre les personnes impliquées dans la corruption, y compris des hauts responsables de l’ANC.

Concernant les questions économiques et sociales, la stratégie du chef d’Etat sud-africain semble cerner les véritables problèmes dont souffre le pays. De la réforme de la compagnie nationale d’électricité à la promotion des investissements en passant par la refonte de l’enseignement et le développement des infrastructures, Ramaphosa veut tourner définitivement la page des «années perdues» de son prédécesseur Zuma (2009/2018).

Reconnaissant le grave impact de l’incertitude politique sur la performance économique du pays, Ramaphosa s’est dit prêt à poursuivre les efforts déjà commencés depuis l’année dernière pour rendre le pays plus attractif aux investissements, condition sine qua non, selon lui, pour une croissance inclusive et génératrice d’emplois.

Il veut ainsi hisser l’Afrique du Sud au Top-50 du classement Doing Business de la Banque mondiale. Le pays se classe actuellement 82ème sur 190 nations qu’englobe le classement de l’institution de Bretton Woods. 

La sortie de Ramaphosa a suscité «un optimisme prudent» dans les rangs des analystes, qui s’interrogent, toutefois, au sujet de la capacité de cette Afrique du Sud malade de se débarrasser de ses vieux démons pour se placer résolument sur une véritable trajectoire de reprise.

La réponse est venue immédiatement de la part des syndicats qui ont menacé de descendre dans les rues pour protester contre la réforme proposée de la compagnie nationale d’électricité. Selon ces syndicats, le projet du président «se traduira inéluctablement par une vague de licenciements».

D’autres menaces ont émané des syndicats du secteur de l’enseignement qui ont annoncé leur opposition à un plan du président de réformer le secteur.