Zhor Zaazaa Kannada, la voix marocaine de Radio-Orient

Zhor Zaazaa Kannada, la voix marocaine de Radio-Orient

Rédigé le 05/03/2019
MAP - Amina Benlahsen


Paris - Entre elle et la radio, une longue histoire d'amour. Une histoire née un jour de 1991 où sa passion pour les médias inoculée par un père épris d’actualité et d’informations, la mena vers la radio régionale d’Oujda. Zhor Zaazaa Kannada, alors étudiante de littérature arabe à l’Université Mohammed 1er, ne s’en remettra plus. Sa carrière est toute tracée. 

Cette native de l’oriental à la voix limpide et conquérante et à l’arabe châtié commencera par animer quelques émissions à caractère culturel et social avant de gagner sa véritable notoriété au côté de feu Yahia El Gourari, l’une des figures marquantes de la radio à son époque. L’émission Bil Ahdani Ya Watani (Dans les bras ma patrie), dont elle aura la lourde charge après le décès de son animateur principal, la fera définitivement entrer dans la cour des grands grâce au professionnalisme dont elle a fait montre, à l’interactivité exceptionnelle qui distingue ce programme et à l’accueil incomparable dont il jouissait de la part tant des Marocains de l’intérieur que ceux de l’étranger. 

Journaliste-animatrice, Zhor allait vivre une aventure idyllique pendant huit ans durant lesquels elle a pu goûter véritablement au bonheur de se mettre derrière le pupitre pour être à l’écoute de ses concitoyens et partager leurs joies et leurs inquiétudes. Un partage qui exigera d’elle, outre le professionnalisme, beaucoup de patience, générosité et altruisme. Ce qu’on lui reconnaissait largement. 

L’ambition de sonder d’autres cieux, à travers des études plus poussées, a cependant amené Zhor à envisager une inscription en linguistique à la prestigieuse Université de la Sorbonne à Paris. Joignant l’intention à l’acte, elle débarqua ainsi dans la ville des lumières pour concrétiser son projet académique sa se douter de ce qui l’attendait. La nostalgie de la radio ne va pas tarder en effet à s’emparer d’elle. Un manque qu’elle ne comblera qu’en rejoignant en 2001 Radio-Orient, une chaine très écoutée particulièrement à Paris et sa région.

«J’ai opté pour cette chaîne parce qu’elle correspond à ma personnalité et aux genres d’émissions que j’animais à Radio-Oujda, notamment pour ce qui est de l’interactivité avec les auditeurs», a-t-elle confié à la MAP. Cependant, loin d’elle était l’idée d’y faire une longue carrière. Mais le destin en a voulu autrement.

Aujourd’hui, Zhor reconnait que le travail à Radio-Orient, une chaine ouverte sur l’ensemble des communautés arabes de France et même de certains pays européens, était très challengeant pour elle. 

Forte de son expérience de journaliste-animatrice, elle s’est rendue compte, dès le départ, qu’il fallait pour elle, outre la maitrise de l’arabe classique, se familiariser avec cette langue, dans sa richesse et sa variété, telle que pratiquée d’un bout à l’autre du monde arabe. Elle était consciente que c’était là un passage obligé pour qu’elle puisse dialoguer aisément avec les auditeurs mais également pour s’imposer au sein d’une équipe, qui au départ était majoritairement libanaise, avant de s’ouvrir sur d’autres nationalités. Par amour pour son métier, elle s’en est donné les moyens et elle a réussi dans une large mesure. 

«J’ai essayé de passer outre tous ces obstacles et d’être une bonne ambassadrice de mon pays», dit-elle aujourd’hui avec beaucoup de fierté.

Cette fierté, Zhor, la seule animatrice marocaine de la chaine, tient aussi, selon le témoignage de l’un de ses collègues, dans le fait qu’en intégrant la chaîne, elle a ramené avec elle la culture et les traditions de l’ensemble des pays du Maghreb. A travers elle, la Radio-Orient s’est ouverte véritablement sur cette région du Monde arabe, a-t-il indiqué. 

Soucieuse de se doter de tous les atouts inhérents à sa mission, la journaliste-animatrice a, en professionnelle, pris également la décision de suivre des cours de coaching en développement personnel pour mieux répondre aux sollicitations des auditeurs. 

«Je mesure la responsabilité des mots que je prononce» à chaque échange avec un auditeur, a-t-elle assuré à ce propos. 

Un souci qui l’anime au quotidien durant son émission phare : «Vous avez la parole», diffusée en fin de matinée, qui la met en contact direct avec des auditeurs issus de pays différents, de cultures différentes et de religions différentes. Un exercice qu’elle mène de main de maitrise en dépit de la diversité des sujets et parfois leur complexité (problèmes liés à la vie quotidienne, tourments en rapport avec le statut d’immigré, difficultés d’intégration….).

Ayant plusieurs cordes à son arc, Zhor anime, outre cette émission, au succès incontestable, d’autres sur les faits saillants de l’actualité en France et en Europe. 

Elle propose aussi des émissions culturelles et des rencontres avec des artistes et des célébrités arabes de passage à Paris pour des représentations, des concerts ou des spectacles, la ville des lumières étant un des hauts lieux de la culture et un point de convergence pour des artistes de différents cieux.

La journaliste-animatrice marocaine a ainsi reçu de grands artistes, chanteurs et acteurs arabes dont Kadem Saher, Najwa Karam, Abdelouhad Doukkali, Abdelhadi Belkhayate et Rachid El Ouali ne sont pas des moindres.

Dans le cadre des matinales qu’elle anime à partir de 07h00, Zhor présente aussi les agendas culturels intéressant la France mais également des pays arabes, les horaires des prières, les bulletins météo et les info-trafic…, dans les deux langues, arabe et français. Des informations dans lesquelles chacun trouve son compte.

Ne tarissant pas d’éloges envers la journaliste-animatrice, le président de Radio-Orient, Jamil Shalak, a vanté notamment, dans une déclaration à la MAP, son professionnalisme et son aisance au niveau de la communication, tout autant que ses qualités humaines. 

«Elle est capable de répondre à une question tout autant en français, en arabe classique, en arabe dialectal marocain, qu’en amazigh ou en kabyle. Elle peut associer et l’invité et l’auditeur à un même débat et ce même s’ils parlent des langues différentes», a-t-il indiqué en exprimant son admiration pour la journaliste dont les centres d’intérêt, a-t-il fait remarquer, s’étendent à une multitude de domaines, notamment culturel et social. 

Zhor s’intéresse par nature à ce qui se passe sur la scène culturelle aussi bien en France que dans d’autres pays, a observé M. Shalak, soulignant qu’une personne qui s’intéresse à ses racines peut restituer les faits avec spontanéité et grande sincérité.

Durant le mois sacré du Ramadan, au cours duquel l’audience de la chaîne augmente considérablement, Zhor anime la tranche d’avant la rupture du jeûne. Une tranche dont les auditeurs musulmans de France et même d’autres pays européens où la chaine est captée, sont particulièrement friands de par le caractère varié et instructif des rubriques qui y sont présentées en attendant l’appel du muezzin pour le Moghreb, qui intervient assez tardivement en cette époque de l’année. 

«A l’occasion du mois de Ramadan, les Musulmans de France reconnaissent bien ma voix, notamment lors de l’appel à la prière d’Al Maghrib et la rupture du jeûne», s’enorgueillit Zhor, qui est détentrice de nombreux prix décernés par des associations et organisations professionnelles. 

S’agissant de sa vie familiale, Zhor reconnait que si elle a pu se distinguer dans sa vie professionnelle, c’est aussi grâce à l’aide précieuse de son mari, un natif de la région d’Oujda dont elle a fait la connaissance en France par le biais justement de la…radio. C’est dire que sa vie est intimement liée à l’amour qu’elle voue depuis toujours pour ce média. 

Zhor, qui est maman de deux enfants, est aussi la coqueluche de ses collègues, qui reconnaissent en elle une journaliste passionnée, positive et toujours prompte à leur apporter aide et soutien.

«Zhor est le soleil de la chaîne», a déclaré à la MAP l’un d’entre eux.

Radio-Orient, qui existe depuis 33 ans, diffuse sur 24 zones et émet 24H/24 et 7 jours/7. Ses programmes, qui sont tous produits à Paris, sont mixtes (51 pc en arabe et le reste en français). Elle prône les valeurs de la diversité culturelle, linguistique et religieuse et l’égalité des genres.