Amina Lanaya, une femme qui fait souffler un vent de changement dans les instances du cyclisme international

Amina Lanaya, une femme qui fait souffler un vent de changement dans les instances du cyclisme international

Rédigé le 08/03/2019
MAP - Mohamed Saâd Bouyafri


Rabat - Femme passionnée et juriste confirmée, la Marocaine Amina Lanaya fait souffler, depuis un peu plus d'un an, un vent nouveau dans les instances dirigeantes du cyclisme international. 

Forte de son expérience au sein des cabinets internationaux à Paris et en Suisse, Amina, titulaire d’une maîtrise en droit privé de l’Université de Dijon, a rejoint le service juridique de l’Union cycliste internationale (UCI) en 2006, avant d'être nommée au poste de directrice générale adjointe en 2013, et assurer quatre ans plus tard, l’intérim au niveau de la direction générale. 

Début 2018, sa nomination est définitivement entérinée, devenant ainsi la première femme à assumer la fonction de directrice générale de l’UCI, instance faîtière du cyclisme mondial depuis sa création à Paris en 1900.

Cette tâche a "parfois été difficile" reconnait Amina dans un entretien à la MAP, relevant que dans certaines situations elle a souffert d’un manque de considération. Une donne que la Marocaine a rapidement inversée grâce, notamment, à son caractère volontaire et positif et à l’évolution du sport en général et du cyclisme en particulier vers plus d’équité, tant au niveau de la pratique que de la gouvernance. 

A cet égard, Amina relève que "l’UCI est bien placée en terme de parité hommes/femmes, puisque près de la moitié des collaborateurs de l’Union sont des femmes", notant, toutefois, qu’il reste encore un effort à faire au niveau de la proportion de femmes dans les postes de direction. 

"Le mouvement est en marche. Plus que de résistances qu’il faut briser, je parlerais d’habitudes qu’il faut faire évoluer", fait remarquer la native de Chenôve (France), dont la formation de juriste international a constitué une clé de sésame permettant de percer la complexité du monde de la petite reine.

Déjà satisfaite de pouvoir apporter sa pierre à l’édifice du développement du cyclisme, l’ambition d’Amina est encore plus grande puisqu’elle entend œuvrer à faire évoluer la discipline vers une plus grande égalité des chances, pour toutes les catégories de sportifs et d’utilisateurs.

Des objectifs qui semblent aux premiers abords gargantuesques, mais qui sont à la mesure de l’importance de cette discipline, qui est aujourd’hui le troisième sport olympique en termes de médailles et de quotas d’athlètes. 

"Le cyclisme est aujourd’hui plus populaire et dynamique que jamais, comme sport de compétition, activité de loisir ou mode de transport", s’est réjouie Amina, notant que le niveau a beaucoup progressé ces dernières années, et que l’UCI est mobilisée pour permettre aux athlètes de vivre de leur sport.

Au niveau de l’Afrique, le cyclisme se trouve dans une dynamique de forte croissance, en atteste l’organisation prévue pour la première fois sur le continent des Championnats du monde route UCI 2025, fait observer Amina, estimant que "le Maroc se trouve idéalement placé pour être l’un des pays qui en bénéficiera le plus, grâce au soutien des autorités et de l’engagement de la Fédération Royale Marocaine de Cyclisme".

Le Royaume est d’ailleurs candidat à l’organisation desdits Championnats du monde, rappelle Amina, expliquant que quel que soit le résultat de l’attribution de cet événement, ce sera un tournant majeur pour l’essor du cyclisme sur le continent.

Le Maroc, qui possède une longue tradition cycliste, à l’image du Tour du Maroc dont la première édition remonte à 1937, est un pays où Amina se sent "comme à la maison". Née de parents tous deux Marocains, la directrice générale affectionne le Royaume et y retourne régulièrement pour se ressourcer et retrouver ses sept frères et sœurs à la maison familiale qu’ils possèdent à Rabat. 

Aux côtés de sa reluisante carrière, Amina mène une vie privée intimement liée au cyclisme, puisque c’est à l’UCI qu’elle a rencontré son mari, avec qui elle a décidé de quitter la France pour s’installer en Suisse et se rapprocher d’Aigle, où siège l’Union. 

"Notre vie est intense, mais cela n’est guère différent pour la plupart des parents qui travaillent", commente Amina qui est mère d’une fille de huit ans et d’un garçon de six ans.

À son aînée, Amina conseille de ne pas se faire de complexes et de travailler sérieusement, car "si les mentalités évoluent, c’est aussi parce que les femmes savent montrer qu’elles sont parfaitement capables d’exercer des responsabilités élevées".