Kenza Rafay ou la passion du ballon rond au féminin

Kenza Rafay ou la passion du ballon rond au féminin

Rédigé le 08/03/2019
MAP - Sarah Belabbes


Casablanca - Le football, un monde dominé par la gente masculine, a réussi tout de même à séduire les femmes, nombreuses à tomber sous le charme du ballon rond.

C'est justement le cas de la jeune Kenza Rafay qui, loin des stéréotypes, s'est vue imprégnée la culture et l'envie irrésistible d'admirer une équipe de football, dès sa tendre enfance. Cette benjamine de sept frères a grandi entouré des supporters du Wydad de Casablanca : que ce soit au sein de la famille ou dans le quartier qui l'a vu naitre, Kenza n'entendait parler que de football, partout et tout le temps.

"Au début c'est dans une ambiance familiale que je suivais les matches, deux heures de suspense où tout le monde se retrouvait planté devant la télévision avec une concentration sans pareille", se remémore Kenza avec un brin de nostalgie.

Un rituel que cette spécialiste en marketing essaie de perpétuer malgré un emploi de temps chargé. La fervente supportrice de la "Leganda" ne rate aucun match du prestigieux club casablancais, se déplaçant de ville en ville pour suivre son équipe préférée.

Habillée en rouge et blanc clair, Kenza s'est retrouvée en train de soutenir le Wydad plus que ses frères et son père, vibrant à chacune de ses victoires et pleurant suite à des déboires et déconvenues. "Hkaya men qelbi" et ''Winners'', deux chansons qui rythment ses journées et la mettent dans une joie inexplicable.

Cependant la jeune Kenza Rafay ne cache pas sa déception quant au regard que d'aucuns portent sur une fille passionnée par le foot : une évidence pour elle, un paradoxe pour certains.

Évoquant la présence des femmes dans les stades, elle relève qu'il y a encore certains gens qui ne conçoivent pas qu’une fille s'attache au football au point d’assister aux matches. "Dans mon entourage j’entendais souvent : Le stade c’est pour les hommes, tu ne dois pas y aller", se rappelle-t-elle.

"Je n’ai eu droit à assister à un match de foot qu’en 2010 après que mes parents et mes frères aient accepté l’idée", dit-t-elle sur un ton amusé, indiquant avoir "éprouvé comme un sentiment d’appartenance. Depuis, j’assiste à tous les matchs, malgré le peu de temps libre que j’ai".

En groupe ou seule, cette jeune charismatique assure en tout cas qu’elle n’a jamais rencontré de problème dans les stades et décrit le public wydadi comme "propre". Pendant tous les matches auxquels elle a assisté, jusqu’à présent, les supporters présents "m’ont respecté et m’ont cédé même la place pour m’asseoir à maintes occasions".

A propos des " Winners", les groupes de supporters ultras, Kenza explique que des règles sont mis en place pour régir l’accès des filles à la tribune pour des raisons de sécurité.

"En tout cas, a-t-elle relevé, la présence des filles dans le terrain a évolué et on voit de plus en plus des mères de familles, des femmes enceintes ou avec des nouveau-nés".

La jeune casablancaise estime toutefois que les mentalités devraient changer : "certains hommes pensent qu’une fille ne sait pas ce qu’est qu’un hors-jeu, ne connait pas les noms des joueurs".

"Je regarde les matchs de foot passionnément et je peux dire que j’ai la même vision qu’un homme", conclut-elle.