Hajar Mousannif, ou le modèle d’une jeune chercheuse en atomes crochus avec l’intelligence artificielle

Hajar Mousannif, ou le modèle d’une jeune chercheuse en atomes crochus avec l’intelligence artificielle

Rédigé le 11/03/2019
MAP - Mohamed Koursi


Marrakech - Certes, les hommes sont souvent les plus cités et les plus en vue dans le domaine de la recherche scientifique, un milieu très pointu que beaucoup considèrent encore à prédominance masculine. Toutefois, nombreuses sont les femmes ayant fait montre qu'elles n'ont rien à envier à la gent masculine et qu'elles méritent amplement que la lumière soit faite sur elles et leur travail, eu égard à leur contribution de taille dans ce domaine.

Parmi ces femmes chercheuses d'exception et au parcours on ne peut plus exceptionnel, figure Mme Hajar Mousannif, professeur au département d'informatique à la Faculté des Sciences Semlalia relevant de l'Université Cadi Ayyad (UCA) de Marrakech, connue pour sa grande passion pour la recherche scientifique, notamment dans le domaine très sélect de l’Intelligence Artificielle. 

Du haut de ses 37 ans, cette jeune chercheuse, pur produit de l'enseignement marocain, titulaire d'un doctorat national et d'un diplôme d'Ingénieur d'Etat en informatique, dispose déjà d'une riche carrière professionnelle qui ne laisse personne indifférent.

En effet, son parcours est tout simplement "atypique" et foisonne de réalisations, de projets innovants, de brevets et de publications dans différents supports médiatiques nationaux et étrangers, mais aussi de prix et de distinctions en reconnaissance pour son travail remarquable et très apprécié.

Membre des comités de programme et scientifique de plusieurs conférences internationales, Mme Mousannif a notamment reçu en 2017 le premier prix "Recherche" décerné lors de la 11è édition du Concours national de l'innovation, de la recherche-développement et de la technologie (catégorie "Jeunes chercheurs et doctorants"), et, en 2014, le prix l'Oréal-UNESCO "For Women in Science" (Région du Maghreb).

De l'avis de ses collègues et de ses étudiants, Mme Mousannif est "une perle" de la recherche scientifique, en particulier dans le domaine très pointu de l'intelligence artificielle.

L'une de ses réalisations les plus éloquentes demeure son projet "Big Data and Emotion Recognition", un projet "révolutionnaire" qui consiste en des recherches sur un Smartphone capable de ressentir les émotions de son propriétaire. 

Ce projet n’était que "le début d’une véritable histoire d’amour" avec l’intelligence artificielle en général et le domaine de l’"Affective Computing" en particulier, a confié Mme Mousannif à la MAP. 

"J’ai avancé sur ce projet, mais en essayant de l’orienter vers deux domaines où le besoin est plus critique: l’éducation et la sécurité routière", a-t-elle déclaré.

"En effet, nous avons amélioré la technologie initialement dédiée au Smartphone pour développer une intelligence artificielle capable, grâce à un ensemble de capteurs embarqués sur les tables de classe, de surveiller, de manière non intrusive, divers indicateurs faciaux, corporels et environnementaux liés aux étudiants et à leur cadre d’apprentissage", a-t-elle expliqué.

Et Mme Mousannif de faire savoir que ces indicateurs sont alors utilisés pour "construire un modèle prédictif des performances d’apprentissage des étudiants".

Ainsi, poursuit-elle, les enseignants peuvent adapter leurs approches de façon continue durant une session aux besoins immédiats de leurs étudiants, relevant que ce système que "nous avons d’ailleurs breveté, nous a permis de remporter le premier prix de la recherche de la 11ème édition du Concours National de l’Innovation, de la Recherche et du Développement".

Mme Mousannif s'est également penchée dans ses recherches sur une question préoccupante et d'une extrême importance, en l'occurrence celle de la sécurité routière.

Son projet compte, d'ailleurs, parmi six qui ont été sélectionnés et financés sur un total de 112 par le ministère du Transport, de l’Equipement, de la Logistique et de l’Eau. Il concerne l’amélioration de la sécurité routière grâce aux méga données (Big Data) et à l’Intelligence Artificielle.

Un système a été développé dans ce sens pour prédire le comportement des conducteurs sur les routes marocaines et assurer la fluidité du trafic grâce au contrôle dynamique des feux de circulation, a-t-elle indiqué.

Outre cet engagement infaillible en faveur de la recherche et de l'innovation, cette jeune chercheuse s’acquitte, comme il se doit, de sa mission d'enseignante et d’encadrante des doctorants.

C'est dans ce sillage qu'elle a oeuvré en vue du lancement au sein de la faculté des sciences Semlalia d'un master spécialisé en "Data Science", qui lui tenait tellement à coeur et dont elle est d'ailleurs la coordinatrice. 

Interrogée sur la situation de la recherche scientifique au Maroc, et partant de l’expérience qu’elle a cumulée au fil des années, Mme Mousannif a fait observer que ce domaine souffre de deux problèmes majeurs: les ressources et la gouvernance et ce, en dépit des énormes efforts déployés dans ce sens, citant entre autres, la stratégie nationale pour le développement de la recherche scientifique à l’horizon 2025.

La priorité dans les universités marocaines est souvent accordée à l’enseignement au détriment de la recherche, a-t-elle déploré. La preuve : on ne recrute des enseignants chercheurs que lorsqu'un besoin en enseignement se fait sentir, a-t-elle dit.

Toutefois, Mme Mousannif n’a pas manqué de faire part de son grand optimisme quant à l’avenir de la recherche scientifique dans le Royaume car, explique-t-elle, les "Marocains ont cette capacité extraordinaire de réaliser des choses inimaginables avec peu de moyens".

"Au Maroc, la population est jeune et capable de relever les défis si elle est bien encadrée et mieux orientée", a-t-elle conclu.