En Algérie, l'annonce de la démission de Bouteflika ne lève pas toutes les incertitudes (Le Monde)

En Algérie, l'annonce de la démission de Bouteflika ne lève pas toutes les incertitudes (Le Monde)

Rédigé le 02/04/2019
MAP


Paris - Cédant aux pressions de la rue, le chef de l’Etat algérien accélère le calendrier de sa retraite politique, mais sa volonté affichée de maîtriser la transition risque de relancer la protestation, affirme mardi le journal français Le Monde, pour qui l’annonce de la démission de Abdelaziz Bouteflika "ne lève pas toutes les incertitudes".

L’annonce de cette «démission», qui survient à l’issue d’un véritable bras de fer entre l’armée et le clan présidentiel, représente, à court terme, «une rupture par rapport à la position du chef de l’Etat adoptée jusque-là », commente le journal. Car, après avoir officialisé sa candidature pour un cinquième mandat, Bouteflika avait opté – en décidant le 11 mars l’annulation de l’élection présidentielle du 18 avril – pour une prolongation sine die du mandat en cours.

«Finalement, il aura fallu six semaines d’une mobilisation de la rue hostile à son maintien au pouvoir, puis l’entrée en lice de l’armée proposant de déclarer son «empêchement » en raison de son inaptitude à exercer le pouvoir, pour le convaincre de lâcher prise», souligne le journal français.

Toutefois, affirme Le Monde, «bien des incertitudes demeurent. La seule concession octroyée par le chef de l’Etat tient dans le calendrier. Son départ, annoncé «avant le 28 avril», devrait permettre d’éviter au pays un vide institutionnel, ajoutant que sur le fond, Bouteflika rejette de facto l’idée d’une «incapacité» physique invoquée implicitement par le chef d’état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, qui avait réclamé la mise en œuvre de l’article 102 de la Constitution relatif à l’«empêchement».

Et Le Monde de souligner qu’«au fond, le bras de fer entre l’armée et la présidence se solde par un arrangement qui convient aux deux parties, mais pas aux animateurs de la contestation. Ces derniers craignaient déjà un tel scénario, celui d’une transition administrée par le régime lui-même sous la forme d’un intérim de courte durée. Les protestataires réclament plutôt la mise en place d’un gouvernement de transition composé de personnalités indépendantes et une période de transition plus longue avant d’aller à une élection constituante ou un scrutin présidentiel».

Revenant sur la mesure d’interdiction de quitter le pays prise à l’encontre d’une dizaine d’hommes d’affaires proches du frère du chef de l’Etat, Saïd Bouteflika, dont Ali Haddad, ex-patron des patrons, arrêté à la frontière tunisienne, le journal y voit une «apparente volonté d’apaiser la rue».

Selon le Monde, «la chute du patron des patrons, encore très puissant il y a quelques semaines, illustre le retournement de situation en Algérie depuis le 22 février, date de la première manifestation populaire en Algérie», ajoutant que dans ce contexte de luttes intestines au sein du régime, l’ancien patron des services de renseignements, le général Mohamed Mediène – dit Toufik – a vigoureusement démenti l’information diffusée samedi par la chaîne de télévision Echourouk selon laquelle il aurait pris part à une réunion avec Saïd Bouteflika, Bachir Tartag, le nouveau patron de renseignements et… des «agents français» dans le but de fomenter un complot. 

Pour le journal français, cet «épisode donne la mesure de l’âpreté des conflits fratricides qui déchirent le sommet de l’Etat».