Mohamed Benchahboun, un Marocain dans la cour des grands tailleurs du diamant

Mohamed Benchahboun, un Marocain dans la cour des grands tailleurs du diamant

Rédigé le 21/05/2019
MAP - Amal Tazi


Anvers - Dès son jeune âge, Mohamed Benchahboun fut fasciné par le monde de la bijouterie. Cet anversois d'origine marocaine finit par en faire son métier. Et c’est en « tailleur de diamant » confirmé qu’il peut s’enorgueillir aujourd’hui d’être arrivé au bout de son rêve.

Avec ses 29 années d’expérience dans le métier, il revient avec émotion sur les moments phares de sa propre success-story, celle qui lui a permis de se frayer, doucement mais sûrement, une place des plus honorables dans le club très fermé des artisans de la pierre précieuse actifs à Anvers, « la capitale mondiale du diamant ».

« J’ai commencé d’abord par une formation en électricité en vue de devenir soudeur. Mais je ne m’y retrouvais pas. Alors j’ai dû me réorienter vers ce que j’ai toujours eu envie de faire : la bijouterie », raconte-t-il dans un entretien à la MAP.

Il lui a fallu, dit-il, trois ans pour décrocher son diplôme, le sésame pour exercer son métier de tailleur de diamant à Anvers, en région flamande de Belgique, et partant accéder dès 1990 à un marché du travail très restreint dans un secteur où les talents sont aussi rares que les pierres précieuses. 

Sa carrière va prendre un véritable envol quand il rencontrera il y a une quinzaine d’années Michael Gold. Cet homme d’« or », comme il aime si bien l’appeler affectueusement en clin d’œil à son nom anglais, est une valeur sûre dans l’univers de la taille de diamant outre-manche. Le Britannique qui se rend régulièrement à Anvers va lui enseigner une technique qui fait sa propre marque de fabrique.

« J’ai travaillé avec lui sur le modèle Briolet. C’est une taille avec 227 facettes. Il n’y a pas beaucoup de tailleurs dans le monde qui la maîtrisent », indique Benchahboun qui tient à rendre hommage à son mentor, un « grand homme » au « génie indéniable ». 

Revenant sur le début de leur collaboration, Michael Gold, lui-même, avoue avoir été impressionné par la qualité et la précision du travail de Mohamed.

« Nous avons commencé quand il est venu chez moi en stage il y a quelques années. Il a travaillé avec moi huit jours et j’étais ravi», se souvient le tailleur de diamant anglais, fort d’une expérience de plus de 54 ans. 

Les deux hommes continuent de collaborer ensemble et entretiennent une relation d’amitié profonde.

Invité à dévoiler quelques secrets de la taille de diamant, Mohamed Benchaboun indique que ce processus commence par le choix de la taille qui se fait aujourd’hui à l’aide d’ordinateurs.

« Quelle que soit la forme du diamant, on a des ordinateurs qui détectent les impuretés de la pierre, ce qui permet de déterminer la meilleure taille », explique-t-il.

Dans ce processus, précise-t-il, on ne peut ni changer la couleur ni intervenir sur les impuretés au cœur de la pierre. Seules les impuretés de surface peuvent partir en poussière.

«On cherche à ce que la pierre soit pure et claire, de manière à augmenter sa valeur et son poids, la taille et les inclinaisons », souligne le tailleur de diamant marocain, en référence aux fameux « 4 C » : Cut - Carat - Clarity – Color.

Ces 4 critères du diamant se traduisent en français par : Taille - Poids - Pureté – Couleur.

Le carat dans le diamant n’est pas comme l’or, fait remarquer ce spécialiste de la pierre précieuse. Selon lui, si pour l’or, le carat détermine la pureté (24, 22, 18 carats), pour le diamant le carat c’est le poids : « 1 carat équivaut à 1/5-ème de gramme, soit 0,2 ou 100 points ».

Anvers reste, à ses yeux, la capitale du diamant par excellence. « Toute pierre trouvée en Afrique, au Canada ou en Russie, est acheminée à Anvers où il y a l’expertise, la domination mondiale », souligne-t-il.

Situé au cœur du quartier diamantaire anversois, le Diamond Office, où transitent tous les diamants arrivant à/ou quittant Anvers, contribue pour plus de 80% au commerce mondial de diamants bruts. 

Chaque diamant, qu’il soit brut, taillé ou même en poussière, fait un arrêt obligatoire au sein des bureaux du Diamond Office, seule autorité belge auprès de laquelle peuvent – et doivent – être déclarées des importations de diamants.

«Il faut qu’il y ait un contrôle pour vérifier le poids, l’authenticité du diamant et sa conformité avec la blue warranty certificate (certificat de garantie)», ajoute-t-il. 

Actif dans le domaine associatif, Mohamed Benchahboun souhaite concrétiser cette année avec un groupe d’amis, son second rêve dans la vie : relier le Maroc et la Belgique en vélo pour reconstituer le chemin emprunté par ses parents lors de la première vague de l’immigration à la fin des années 1950.

Il s'agit pour lui d'un hommage qui sera rendu à la première génération de migrants marocains venus s'installer en Belgique et qui garde des attaches solides avec la mère patrie, lesquels liens qui sont aujourd'hui perpétués et consolidés par les générations montantes.