PORTRAIT. Mohamed Cheikh El-Ghazouani, militaire de carrière et soufi au seuil du pouvoir en Mauritanie

PORTRAIT. Mohamed Cheikh El-Ghazouani, militaire de carrière et soufi au seuil du pouvoir en Mauritanie

Rédigé le 29/06/2019
AFP


Nouakchott - Connu pour sa discrétion, l'ex-militaire Mohamed Cheikh El-Ghazouani, vainqueur déclaré de la présidentielle en Mauritanie, est un fidèle de son compagnon d'armes de toujours, Mohamed Ould Abdel Aziz, auquel il s'apprête à succéder à la tête de ce vaste pays du Sahel.

Après, selon ses propres termes, une décennie "bénie" de pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz, rencontré il y a 40 ans à l'Académie royale militaire de Meknès (Maroc), dont il s'apprête à prendre le relais, il doit intervenir publiquement vendredi soir pour remercier son équipe de campagne et ses soutiens.

"La sécurité du pays est au-dessus de tout", a affirmé cet ancien général lors de son ultime meeting avant l'élection du 22 juin, sur le site de l'ancien aéroport de la capitale, en présence du président sortant, devant quelque 10.000 personnes, dont de nombreux jeunes.

Cet ancien chef d'état-major (2008-2018) au crâne rasé, aux lunettes sans monture et à la silhouette ascétique, âgé de 62 ans, est considéré comme le principal artisan du succès de l'armée et des services de sécurité en Mauritanie, qui n'a plus subi d'attentat jihadiste depuis 2011.

Issu d'une lignée maraboutique de la préfecture de Boumdeid (centre sud), chef-lieu traditionnel de la Chadhiliya, puissante confrérie musulmane soufie, père de trois garçons et trois filles, il appartient à la tribu des Ideiboussat, connue à la fois pour sa richesse, sa discrétion et son influence.

Face à l'exubérance qui l'entoure depuis son entrée en campagne, M. Ghazouani se montre impassible, poursuivant imperturbablement sa harangue lorsque la foule de ses partisans renverse les barrières pour se rapprocher de la tribune, ou quand une échauffourée accueille son arrivée au bureau de vote.

Si depuis des mois son effigie s'étale à perte de vue dans le pays, sur des tee-shirts, des casquettes, la carrosserie de véhicules ou des affiches géantes, le candidat s'est très rarement prêté à l'exercice de l'interview.

Après le putsch contre le président Maaouiya Ould Taya (1984-2005), M. Ghazouani est nommé directeur général de la Sûreté nationale (DGSN), un poste stratégique qui permettra à ce spécialiste du renseignement militaire de développer ses réseaux.

Il devient chef d'état-major peu avant le coup d'Etat de 2008 qui porte au pouvoir Mohamed Ould Abdel Aziz. Un poste qu'il occupera jusqu'à son départ de l'armée en octobre 2018, avant un passage au gouvernement comme ministre de la Défense, de novembre à mars 2019.

C'est ce passé putschiste qu'incriminent ses adversaires de l'opposition, criant au "coup d'Etat" lorsqu'au terme d'une veillée électorale, le 23 juin avant l'aube, M. Ghazouani se déclare élu au premier tour, sur la base de résultats encore partiels et en cours de compilation.

Ses détracteurs l'accusent aussi d'avoir été adoubé par le président sortant pour assurer ses arrières lorsqu'il aura quitté le pouvoir.

Mais les connaisseurs de la politique mauritanienne estiment cet homme réputé pour sa courtoisie parfaitement capable d'imposer sa marque.

"Il est très structuré et était très apprécié dans l'armée mauritanienne. Ce n'est pas du tout un homme de paille", explique à l'AFP Alain Antil, expert à l'Institut français de relations internationales (Ifri).

Pendant sa campagne, M. Ghazouani a aussi promis de "mettre fin aux inégalités, aux disparités entre les différentes composantes de la société".

Il faisait référence aux écarts persistants de la société mauritanienne entre communautés arabo-berbère, haratine (descendants d'esclaves de maîtres arabo-berbères, dont ils partagent la culture) et afro-mauritanienne, généralement de langue maternelle d'ethnies subsahariennes.