"L'esclavage africain subsaharien dans le système atlantique", thème d'une conférence à l’Académie du Royaume du Maroc

"L'esclavage africain subsaharien dans le système atlantique", thème d'une conférence à l’Académie du Royaume du Maroc

Rédigé le 03/07/2019
MAP


Rabat - Une conférence sous le thème "L’esclavage africain subsaharien dans le système atlantique" a été organisée mardi à Rabat, à l'initiative de l’Académie du Royaume du Maroc.

Organisée dans le cadre du cycle de conférences que l’Académie du Royaume du Maroc a initié en amont de l’exposition "Trésors de l’Islam en Afrique, de Tombouctou à Zanzibar", prévue du 16 octobre 2019 au 25 janvier 2020, cette conférence a été animée par Mme Catherine Coquery-Vidrovitch, professeur émérite à l’Université Paris-Diderot (France).

Dans son intervention, Mme Coquery-Vidrovitch a évoqué, notamment, le contexte d’évolution de l'esclavage interne africain, sa progression dans le cadre du système atlantique, ainsi que ses répercussions sur le système méditerranéen et l'océan indien.

Elle a souligné que le continent africain se situe au cœur de cet ensemble et a joué un rôle essentiel, dans la mesure où les Africains subsahariens, "loin d’être passifs, ont aussi été les acteurs de cette histoire de lutte contre l’esclavage, dont il convient d’en tenir compte".

Elle a, également, fait savoir qu'il ne s'agit nullement et en aucune façon de minimiser le rôle des Européens, car l’esclavage a existé dans toutes les sociétés, à la fois chez "les Européens, évidemment, mais aussi les Américains dans le Sud esclavagiste des États-unis, les Brésiliens et le monde antillais, sans oublier l’Afrique".

"Pour ces ensembles, les intérêts se rejoignaient sur un seul point, notamment les profits tirés de la traite des esclaves", a expliqué Mme Coquery-Vidrovitch, citant le monde arabo-musulman, qui a joué un rôle important dans cette lutte contre l'esclavage africain à partir du VIII-IX siècle. 

Le monde africain subsaharien, lui-même, avait connu avant l'arrivée de l'Islam, l'esclavage, mais les plus grands marchés de traite furent déterminés par des demandes extérieures, a-t-elle noté.

"Au fil de l'histoire, les interrelations entre les différents partenaires ont constamment évolué en réagissant les unes par rapport aux autres. Or, un mythe fut entretenu par l'historiographie des années passées, selon lequel la traite en Afrique atlantique serait entièrement le fait des Européens", a dit la conférencière.

Mme Coquery-Vidrovitch, citant l'anthropologue Claude Meillassoux, a fait remarquer que ce dernier a démontré que même dans les sociétés les plus villageoises, l'inégalité des statuts sociaux était réelle au sein de la famille élargie, où on évoquait déjà l'infériorité des femmes et l'existence de dépendants et d'esclaves.

Quant à l'esclavage dit "domestique", elle a souligné que le sociologue ivoirien Harris Memel-Foté a, dans une thèse magistrale, démontré que même dans les sociétés lignagères de basse Côte d'Ivoire, l'esclavage était à la base de l'organisation sociale. 

Cependant, elle a relevé que la définition classique de l'esclavage par laquelle l'on considère tout esclave comme un objet, un outil, une marchandise dénuée d'existence propre, rappelant que l’esclavage englobe également tout étranger déraciné, tout être venu d'ailleurs et à qui on interdit de retrouver sa propre parenté.

Elle a, dans ce sens, soulevé la traite en Afrique au XIXe siècle, ses mutations, ses révolutions ainsi que ses crises, insistant sur l’importance, pour les nouveaux chercheurs dans la traite humaine, de mettre à nu les réalités triviales du passé.

"Nous savons, aujourd'hui, que pratiquer l'esclavage est condamnable. Reconnaître ce passé, ce n'est pas l'excuser. C'est comprendre pourquoi cela s'est produit. C'est avoir qui va dicter ce qu'il faut faire pour éradiquer le fait esclavagiste et les préjugés qui, trop souvent, restent attachés au statut des descendants d'esclaves, aussi bien hors d'Afrique que dans nombre de sociétés africaines", a-t-elle fait valoir.

Pour sa part, Mme Rahma Bourqia, membre de l'Académie du Royaume, a souligné que cette conférence s’inscrit dans le cadre du cycle de conférences organisé par l’Académie, dans le cadre de son ouverture sur les autres cultures et horizons et surtout sur son entourage, à savoir l’université et les étudiants marocains.

Mme Bourqia a mis en avant l’importance de revisiter l’histoire de l’Afrique suivant une approche historique, surtout l'Afrique subsaharienne, notant que l’Académie focalise ses efforts sur l’étude du continent africain, d'où l’organisation par l’Académie de tout un cycle dédié à l’Afrique, ce qui dénote de l’importance de ce continent, qui sera approché tout au long de ce cycle par des académiciens de renom.

A rappeler que cette conférence s'inscrit dans le cadre du cycle de conférences que l’Académie du Royaume du Maroc a initié en amont de l’exposition "Trésors de l’Islam en Afrique de Tombouctou à Zanzibar", prévue du 16 octobre 2019 au 25 janvier 2020 et ce, en vue de sensibiliser le grand public aux problématiques antérieures et actuelles relatives à l’islamisation de l’Afrique.