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Réflexion du jour d’Amadou Lamine Sall

Rédigé le 12/09/2018
Amadou Lamine SALL


Réflexion du jour d’Amadou Lamine Sall: « En  écoutant Jacques Attali, j’ai compris, en effet, que nous sommes tous, États, Gouvernements, Peuples, Individus, en «état d’urgence». C’est son mot. État d’urgence pour résister au marché -nous sommes tous des capitalistes à notre insu !-; résister à l’impuissance d’exercer ses fonctions sans diktat et dans la boue de la médiocrité environnante, de l’immédiateté, du parasitage, de l’appât du gain; résister à la voracité, la cruauté, l’ignorance abominable  et la cupidité des hommes politiques; résister au manque, à la pauvreté qui fait sombrer dans l’indignité; résister au chômage, à la maladie, à la solitude, à l’abandon des siens; résister au dépérissement du lien familial; résister à la vanité, à l’orgueil; résister enfin à la mort et pire: en sachant ne pouvoir même pas laisser derrière soi de quoi payer votre linceul, protéger vos enfants, votre maison si vous aviez la chance d’en avoir possédé une, si ce n’est l’angoisse d’un loyer que ceux que vous avez laissés ne pourront pas honorer et la rue qui attend ceux que vous avez aimés. Oui, chaque jour, au petit matin, nous sommes tous en état d’urgence et notre terre, celle qui nous abrite, est la 1ère menacée par ceux qui nous gouvernent si mal à l’échelle de la planète et par nous-mêmes. 

Comment échapper à cet état d’urgence collectif et frénétique ? Se réfugier, chacun, individuellement en espérant que d’autres plus nombreux vous rejoignent, dans la foi, la prière, la paix en soi, l’entraide, le partage, l’amitié, l’amour, la tendresse , la générosité d’aimer et de pardonner jusqu’à votre ennemi. Pour sortir de l’état d’urgence, il faut sortir notre âme de l’arène de la haine, de la confrontation, de l’accumulation de biens mal acquis, du mensonge, du paraître, de la débauche morale. En un mot «mettre notre âme à l’abri». Inutile de vouloir sauver le monde. Il est  déjà perdu. Les pouvoirs politiques en complicité avec les marchés ont tout trafiqué. Notre seul espoir, notre seule certitude restent que pour le moment, et pour combien de temps encore, Dieu nous laissera cette merveille de voir le soleil se lever et se coucher le soir.  Beaucoup d’entre nous sur la terre, il y a longtemps, n’ont pas pris le temps, un seul instant, de regarder de leurs yeux un soleil se lever ou se coucher. Nous n’en avons plus le temps encore moins le désir, croulant sous nos angoisses matinales. Nous ne faisons que méditer sur notre sort face à nos poches vides, nos enfants désenchantés, nos repas incertains, nos maisons sans lumière et sans eau, notre mort qui rôde, nos hommes politiques en transes dans leurs baignoires d’or, les usines de la mort qui ceinturent nos villes, nos espaces de vie, le bradage de nos forêts, de nos côtes, de nos ressources offertes par un Dieu compatissant en hommage à nos saints pour citer un pays comme le Sénégal. Mais attention: le pétrole et le gaz résument le feu et non les alizés.

 Pour se sauver tant soit peu, nous devons faire 
prévaloir le préalable culturel avant celui de la politique, c’est à dire partir de ce qui a fondé nos valeurs culturelles pour ce qui est de l’Afrique, en sachant que toutes les cultures sont belles. On vit un monde avec des valeurs qui n’existent plus. Le pouvoir, la jalousie, le rejet priment sur l’entente. Le gain prime aujourd’hui sur le savoir. C’est la ruine de l’esprit. Et partout où la pensée est humiliée, l’homme que nous rêvons d’être est humilié, ruiné. Nous ne pouvons pas espérer bâtir un monde avec des esprits déficitaires et malades. Obama invitait l’Afrique à des institutions fortes. Oui, mais que valent des institutions fortes sans des hommes forts, instruits, justes, équitables, invincibles dans leur éthique ? Pourquoi sommes-nous en état d’urgence ? Parce que le monde est devenu une arène où les « loups, les renards, les hyènes se rencontrent » et décident du destin des chasseurs. Mais comme prophétisait le poète, tant qu’il y a le ciel, il y a toujours l’espoir qu’un oiseau y passe. Cela s’appelle d’un mot que rien ne peut vaincre: l’espérance. 
Resserrons nos rangs partout dans le monde pour donner un nom respectable à celui d’humain. »

Amadou Lamine SALL
Poète
Lauréat des Grands Prix de l’Académie française