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RÉFLEXION DU JOUR DE L’ACHOURA, ANNEE MUSULMANE 1440

Rédigé le 20/09/2018
Amadou Lamine Sall


Je voulais parler à Dieu. J’ai insisté autant que je pouvais. IL a fini par me répondre. IL m’a dit qu’IL était très pris, mais pas loin du Sénégal. Qu’IL avait trop à faire. Qu’IL n’avait pas dormi depuis mille ans. Que les êtres humains depuis qu’IL les a créés,ne lui avaient laissé aucun répit. IL me dit que j’étais parmi les moindres victimes de la vie et qu’il en existait qui avaient la priorité plus que moi. IL me dit que j’avais à mes côtés une personne à qui IL avait confié sur terre une mission que LUI-MÊME remplissait moins qu’elle. 

Que j’étais déjà un privilégié sans le savoir et de cesser, dès lors, à trop LE solliciter. Qu’il me fallait donner toute priorité à cette personne dont IL me dira le nom. Que celle-ci avait Sa confiance. Que LUI-MÊME aurait rêvé en avoir une comme elle, pour mesurer combien la vie pouvait être belle en la servant. Je lui avouais que j’étais fort pressé de connaître le nom de cette personne dont IL parlait avec tant de considération et d’énigme. Il dit alors: « Allez au pied de votre maman. C’est là que tous les oasis, tous les lacs, tous les océans, tous les soleils, toutes les lunes, tous les déserts, toutes les montagnes, toutes les forêts, toutes les étoiles, toutes les banques ont déposé leurs trésors. Et sur ces trésors, j’ai MOI-MÊME encore étendu des pagnes d’or, de diamants, de rubis et de saphirs. Vous n’avez point besoin de MOI tant que sur ses genoux vous posez votre joue et caressez ses cheveux. Faites la rire le plus souvent et votre vie sera plus joyeuse que le rire d’un enfant, le baiser de votre épouse, plus succulente que la datte à la fin du jeun, plus désaltérante que le zam-zam, plus juteuse que la mangue du matin. Votre Dieu est tout proche. Nous nous reparlerons-je vous le promets- si seulement vous réveillant un jour, vous  ne trouvez plus ses pieds où vous agenouiller, ses genoux où poser votre amour. JE viendrais seulement alors à vous, vous écouter, mais le poids du bonheur ne sera plus le même. Si, en effet, j’ai désiré une maman que je ne pouvais pas avoir comme vous, c’est pour vous dire ce qu’elle représente et ce quelle seule peut donner, au-delà de MOI. Vous ne blasphèmerez point en répétant cela au monde. Mangez, buvez, abusez de son amour! Enivrez-vous d’elle! Elle vaut plus que les sources de lait de mon Paradis. Elle est votre premier paradis et à nul autre pareil. » 

Et Dieu s’en alla. Le silence s’installa longtemps, très longtemps en moi. Pour le rompre, je dois vous dire bonne fête d’Achoura en cette année musulmane 1440  et qu’Allah couve notre pays et garde le monde dans la paix des cœurs et des esprits et la fraternité des peuples et des nations.

Amadou Lamine Sall
Poète
Lauréat des Grands Prix de l’académie française